À New Delhi coulent les eaux toxiques de la rivière sacrée

La Yamuna, un affluent du Gange, traverse la capitale indienne du nord au sud. Alors qu’elles arrivent limpides dans la ville, ses eaux en ressortent chargées en polluants industriels et organiques de toutes sortes. Son assainissement est un chantier tel qu’il semble, pour l’heure, absolument insurmontable.
Cela fait six heures que Sanjay pêche – sans grand succès. Perché sur un amas de rochers glissants le long des eaux sombres de la Yamuna, dans le quartier de Kalindi Kunj, dans le sud-est de New Delhi, l’homme de 45 ans fixe l’eau.
“Je n’ai attrapé que trois poissons, et ils ne sont même pas assez gros pour être vendus, déplore-t-il en montrant un petit sac plastique en piteux état. Il y a une vingtaine d’années, on revenait avec des sacs entiers de poisson. Aujourd’hui, l’eau est polluée.” Devant lui, des nappes de mousse toxique flottent sur la rivière.
“Encore quelques mois, et l’eau sera complètement noire.”
La Yamuna, qui était autrefois le poumon de la ville et sur les rives de laquelle les Moghols ont bâti le fort Rouge et fondé le Vieux Delhi [au XVIIe siècle], est aujourd’hui l’un des cours d’eau les plus pollués du pays. Or elle n’en reste pas moins sacrée aux yeux des hindous, et il n’est pas rare de voir des croyants se livrer à divers rituels sur ses berges.
L’an dernier, une commission parlementaire a qualifié la Yamuna de rivière “quasi morte”, c’est-à-dire que toute forme de vie y est pratiquement impossible dans le secteur de Delhi. Une situation due en partie à la pression migratoire dans la capitale, selon Manu Bhatnagar, responsable du patrimoine naturel au s
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