« Dans la schizophrénie, il y a beaucoup de peur » : dialogue entre Lucille Zolla et David Thomas

Entretien D’un côté, un romancier qui raconte son frère, diagnostiqué dans les années 1980 et englouti par la maladie. De l’autre, une jeune femme qui a réussi à apprivoiser son trouble. Au milieu, une pathologie en évolution
David Thomas, écrivain, et Lucille Zolla, diagnostiquée schizophrène au jardin alpin du jardin des Plantes à Paris, le 21 mai 2026. MATHILDE MAZARS POUR « LE NOUVEL OBS »
Pour aller plus loin
Au début des années 2020, on découvre Lucille Zolla dans des vidéos calibrées pour les réseaux sociaux. La jeune femme qui parle face caméra de sa schizophrénie a du style. Jogging, lunettes dorées, gros casque de musique sur la tête, tignasse noire. Une dégaine à la Riad Sattouf. Ce cool contraste avec la schizophrénie, condition psychiatrique incurable, sombre, épuisante. Autre étonnement, les vidéos présentent cette maladie terrifiante comme un trouble chronique apprivoisable. Et puis, l’hiver dernier, on a lu « Un frère » (Editions de l’Olivier), où l’écrivain David Thomas fait le portrait de son aîné, pris par la schizophrénie, puis par la mort il y a quatre ans (« j’ai perdu deux fois mon frère »). C’est l’histoire d’Edouard Thomas, jeune garçon entier et hypersensible, cavalier et musicien, brillant et lumineux, parti en échange universitaire à New York où, au lieu de travailler son droit, il s’est drogué sans dormir. De retour à Paris à la fin des années 1980, le garçon a décompensé. « Pendant presque quarante ans mon frère aura été là sans plus vraiment être là. Lui, mais plus lui. Un autre », écrit David Thomas. S’il vivait encore, Edouard aurait l’âge du père de Lucille qui, elle, est une malade presque paisible. Comment une pathologie peut-elle à ce point changer de texture, d’une personne à l’autre, et en trente ans ? Le jour de la rencontre, Lucille Zolla, qui a cofondé La Maison perchée, une association dédiée aux problèmes de santé mentale, est arrivée en avance. Dans son gros sac à dos, un carnet couvert de notes sur le livre de David Thomas qu’elle a lu deux fois. L’écrivain est arrivé pile à l’heure, mains dans les poches.
« Un frère » est-il un livre sur la schizophrénie ?David Thomas Non, d’ailleurs n’étant ni un malade ni un psychiatre, je n’ai rien de nouveau à dire sur la maladie. Je voulais écrire sur mon lien avec mon grand frère, qui a été capital pour moi. On avait moins de deux ans d’écart. Ma vie, c’était m…
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