Cancer colorectal chez les jeunes: une étude pointe du doigt le rôle d'un herbicide

Longtemps, le cancer colorectal était réservé aux plus âgés dans l'imaginaire collectif. Mais depuis plusieurs années, il touche de plus en plus de personnes de moins de cinquante ans.
Selon une étude recensant des données venues d'Angleterre, des États-Unis, de l'Australie et du Canada, les personnes nées dans les années 1990 ont quatre fois plus de risque de souffrir d'une forme précoce de cancer colorectal que celles nées dans les années 1960, et l'incidence des formes précoces de la maladie a augmenté de 3,5% à 4,5% par an depuis dix ans.
Dans une autre étude publiée le 21 avril dernier dans la revue Nature medicine, repérée par Le Monde, des chercheurs espagnols établissent un lien entre un herbicide, le piclorame, et ces cancers chez les moins de cinquante ans.
Pour cette recherche, ils ont analysé les signatures épigénétiques laissées sur les tumeurs des patients de moins de cinquante ans, en les comparant à ceux des patients de plus de 70 ans. Ils ont classé les facteurs de risque en plusieurs catégories: les habitudes de vie (tabagisme, poids, régime alimentaire, etc.), pollution de l'air (dioxyde d'azote, particules fines, etc.) et pesticides (glyphosate, piclorame, etc.).
Après une analyse d'une première cohorte de patients, les chercheurs ont effectué une méta-analyse sur neuf autres cohortes de patients indépendantes pour comparer les résultats, qu'ils ont ensuite comparés à des données de 94 comtés américains récoltées sur 21 ans.
Parmi les résultats de l'étude, le piclorame (un herbicide) ressort comme un marqueur distinctif des tumeurs chez les patients de moins de cinquante ans. Les chercheurs estiment que cette récurrence peut s'expliquer par l'utilisation accrue de cet herbicide dans le temps, puisque le produit a été autorisé au milieu des années 1960 - les jeunes y ont donc mécaniquement été exposés plus jeunes et plus longtemps que les plus âgés.

Dans les colonnes du Monde, Audrey Vincent-Soetens, chercheuse à l’Inserm à l'institut de cancérologie de Lille, commente: "Il s’agit d’une étude novatrice et importante qui ne se contente pas de faire un simple lien statistique entre une substance et une maladie, mais qui explore également les mécanismes par lesquels cette substance augmente la susceptibilité à la maladie".
Elle explique que certaines substances peuvent "agir en 'allumant' ou en 'éteignant' certains gènes" et que cette "dérégulation des gènes peut conduire au développement des cancers" - un facteur qui n'est pas suffisamment pris en compte par les agences réglementaires avant d'autoriser les pesticides, reproche-t-elle.
Toujours dans Le Monde, Audrey Vincent-Soetens et Julie Pannequin, chercheuse au CNRS à l'Institut de génomique fonctionnelle, expliquent que, si l'usage du piclorame reste marginal en France, l'étude soulève la question de l'utilisation d'autres substances potentiellement cancérigènes. Elles espèrent donc que ces travaux sur l'exposition des jeunes aux pesticides et herbicides en entraîneront d'autres.
BFM TV



