“Du bist gut genug”, le titre allemand qui fait un carton international
“Dans le domaine musical, l’Allemagne n’est pas vraiment championne de l’exportation”, regrette l’hebdomadaire allemand Die Zeit.
Mais cela pourrait bien changer. Le titre Gut Genug du groupe rhénan Blumengarten (avec les producteurs berlinois de KitschKrieg et la rappeuse de Hambourg Shirin David) cartonne dans le monde entier. Bien que son texte soit en allemand.
Sortie en mai, la chanson a été visionnée près de 10 millions de fois sur YouTube.
Une popularité qui ne se limite pas aux initiés, puisque “plusieurs artistes internationaux, comme Wiz Khalifa ou Lizzo, ont posté des messages Instagram avec le morceau en accompagnement”, note le WDR.
Mais alors, comment expliquer un tel succès ?
Pour Kirsten Hauser, de la radio SWR3, “les gens sont surtout séduits par l’association inhabituelle d’une voix de tête dans le refrain, et d’un beat bien équilibré”.
Quatre mots reviennent en boucle : “Du bist gut genug” (“Tu es bien assez”). Rayan, le chanteur de Blumengarten, les entonne de sa voix fluette en réponse aux doutes exprimés par la rappeuse Shirin David.
Le texte, qui aborde le thème de l’acceptation de soi, a un potentiel fédérateur.
Mais peu importe, finalement, qu’on maîtrise ou non la langue de Goethe : le refrain “se retient vite et facilement – quitte à inventer quelques paroles en cas de besoin”, estime le magazine allemand Der Spiegel.
De quoi conduire à des reprises des plus insolites, à base de “Dubi scoopti nuuuuuuoooooooo”, s’amuse l’hebdomadaire.
Les Américains en sont particulièrement friands, partageant leurs versions de “Doobie Scoot Canoe”, qu’on pourrait traduire par “pétard fonce Kanu”, précise la SWR3.
L’incompréhension contribue en fait largement au “à l’extrême viralité” qui entoure cette chanson, constate la radio suisse SRF. “C’est un peu comme quand on fait écouter California Dreamin’ [un classique de The Mamas and the Papas de 1968] à des oreilles suisses, qui transforment ‘All the leaves are brown’ en ’Annelise Braun’.”
Mais est-ce si dramatique si cela incite davantage d’Américains à apprendre l’allemand ?
Enfin, se réjouit Die Zeit, la langue allemande est “associée à un sentiment de sérénité, contrairement aux chants nazis ou aux sonorités abruptes de Rammstein”.
Cette légèreté est “n’est toutefois pas nécessairement une bonne chose”, tempère Volker Corsten, dans les colonnes du quotidien conservateur Die Welt.
Selon le journaliste, les “quatre mots magiques” qui “enflamment” le monde entier peuvent aussi être interprétés comme une incitation à se reposer sur ses lauriers.
“Si je suis assez bien comme ça, à quoi bon me donner de la peine ? Pourquoi changer quoi que ce soit ? Pourquoi avoirde l’ambition ?”
Le journaliste Volker Corsten, dans Die Welt
Une tendance qui serait, selon lui, devenue courante “sur la scène culturelle et artistique allemande”, qu’il juge peu innovante.
“Le succès de ce titre cache une histoire un peu plus sombre”, nuance également Der Spiegel, sur un autre plan.
La sortie de Gut Genug était prévue en janvier mais a été retardé en raison “des accusations de l’ex-petite amie de Rayan, reprochant au chanteur d’avoir abusé de son instabilité mentale et de ses traumatismes passés”, rapporte l’hebdomadaire allemand.
Des accusations auxquelles le chanteur a depuis répondu, via une publication sur Instagram.
Pour l’heure, difficile de savoir si le succès du titre perdurera.
Mais pour le journaliste de la SRF Claudio Landolt, Gut Genug pourrait bien s’imposer comme le tube de l’été : un morceau “un peu kitsch, réconfortant et presque comique” : “Pas un titre parfait au sens classique du terme, mais immédiatement reconnaissable.”—
Courrier International



