Reconnaissance faciale, caméras cachées… faut-il encadrer l’usage des lunettes connectées?

Un objet "particulièrement intrusif". C’est ainsi que la CNIL qualifie les nouvelles lunettes connectées, type Meta Ray-Ban, équipées de caméras et d'une intelligence artificielle embarquée. Jusqu'ici, filmer quelqu'un nécessitait de sortir un smartphone, un geste visible et identifiable. Avec ces lunettes, la caméra est directement intégrée au regard humain.
L’appareil peut capter images et sons de façon très discrète et sans le consentement des personnes filmées. Si une petite lumière est censée s’allumer lors de l'enregistrement, elle reste difficile à percevoir. Le risque est de passer d'une surveillance visible (caméras de rue, smartphones) à une surveillance invisible, mobile et permanente. La CNIL redoute même un phénomène d'"auto-censure": le sentiment d'être filmé en permanence pourrait pousser les citoyens à modifier leur comportement.
Sans demander l'interdiction de ces gadgets, l'autorité propose une liste de six bonnes pratiques:
- Informer les personnes à proximité lors de l'utilisation.
- Demander le consentement avant toute publication sur les réseaux sociaux.
Des recommandations pleines de bon sens mais qui paraissent quasiment impossibles à contrôler ou à appliquer pour un utilisateur réalisant une simple "story" Instagram. La CNIL rappelle toutefois la loi: enregistrer une personne sans son consentement dans un lieu privé est passible de 45.000 euros d'amende.
Au-delà des photos et vidéos, c'est l'évolution technologique qui inquiète. Dès cette année, Meta (maison mère de Facebook et Instagram) pourrait introduire une fonctionnalité baptisée "Name Tag".
Le concept est vertigineux: en scannant la foule du regard, le nom et les réseaux sociaux d’un passant pourraient s’afficher instantanément sur le verre des lunettes en réalité augmentée. Un outil qui pose des questions éthiques majeures: allons-nous accepter d'être identifiés par n'importe qui, n'importe quand?
Le défi sera de trouver l’équilibre entre un usage pratique et un outil de surveillance global. Aux États-Unis, les premiers porteurs des Google Glass avaient été affublés du surnom peu flatteur de "glassholes". L'histoire dira si ces nouvelles générations de lunettes parviendront à se faire accepter ou si elles resteront perçues comme un gadget d'espionnage.
RMC




