Témoignages. « Un dessert, c’est un luxe à 10 euros » : le restaurant est devenu trop cher pour les familles

Série : Manger au restaurant, un plaisir devenu un luxe ? [1/3] - La flambée des prix dans les assiettes et les verres a changé les habitudes : pour une famille, le budget d’une sortie au restaurant dépasse vite la centaine d’euros. Une dépense que beaucoup ne peuvent plus se permettre.
Moins de clients, qui payent plus cher : un cercle vicieux ? Ces dernières années, l’inflation, qui a touché tous les secteurs, n’a pas épargné la restauration. Les prix des carburants et des denrées alimentaires ont grimpé, ceux de l’énergie aussi, et les charges des restaurateurs ont suivi la même tendance. Résultat : les menus ont pris plusieurs euros, et les clients ont commencé à compter.
Selon l’Observatoire Fiducial de la restauration, le ticket moyen d’un repas au restaurant en 2025 se chiffrait à 30,72 euros (contre 28,91 euros en 2024). Pour une famille, la note grimpe vite. Les sorties se font donc plus rares. « Une boisson, c’est presque cinq euros. Un plat, 20 euros minimum. Un dessert, c’est un luxe à 10 euros. À 30 euros par personne, en famille, ça pèse lourd », résume Boris, 45 ans, dans le Doubs.
Pour Virginie, 37 ans, mère de trois enfants dans les Vosges, l’équation est simple : « À cinq, on en a pour plus de 150 euros. On n’y est allés qu’une fois en un an. Ça devient bien trop cher. » Même constat chez Sandra, 53 ans, en Moselle : « Au-delà de 30 euros par personne, ça fait tout de suite un gros budget. »
Face à la hausse des prix, certains se tournent vers les fast-foods « car les prix sont plus attractifs », reconnaît Sandra. Mais cette solution de facilité pose question : « Comment expliquer ça à nos enfants, à nos ados ? », se demande-t-elle. Laurence, une Vosgienne de 56 ans, déplore que « les familles se rabattent sur les fast-foods… C’est de la malbouffe, dangereuse pour la santé ». Un paradoxe qui interroge : manger moins cher, mais moins bien ? « Les patrons de restaurants se font assommer par les charges et le coût de la vie, c’est compréhensible », nuance Virginie. « Les fast-foods, ce n’est pas une solution saine », ajoute Sandra.
Pour continuer à sortir sans se ruiner, certains ont trouvé des astuces. Martine, 76 ans, dans le Morbihan, a sa solution : « Nous allons dans un routier où le menu entrée-plat-dessert coûte 16 euros, et 13 euros pour entrée et plat ou plat et dessert maison. » Une adresse qui lui permet de maintenir sa tradition : « On y va presque tous les jeudis avec nos quatre filles. » D’autres, comme Marie, 40 ans, à Pontarlier (Doubs), adaptent leurs commandes : « On prend le menu le moins cher, ou on zappe le dessert. Pour l’apéro, on se contente d’un sirop ou d’un diabolo. »
Pour d’autres, la solution est simple : cuisiner à la maison. « On fait plus de plats faits maison qu’avant », explique Céline, 46 ans, en Haute-Saône. « À quatre, ça revient vite cher. On garde le restaurant pour les grandes occasions. » Marie-Jo, 70 ans, de Metz, abonde : « Les prix des plats dépassent facilement les 30, 38, voire 39 euros. Les entrées sont chères et en petite quantité. En famille, c’est hors de prix. »
Dans ce contexte, certains y voient une opportunité : que la sortie au restaurant redevienne un moment rare et plus exceptionnel. « C’était devenu trop commun ces dernières années », estime Pierre, 51 ans, dans le Bas-Rhin. « Aujourd’hui, on y va moins souvent, et c’est une situation qui nous convient. Le restaurant redevient un vrai plaisir, justement parce que c’est plus rare. On patiente même plus longtemps pour s’offrir un repas plus luxueux. » Chez Sandra, la sortie au restaurant est aussi plus rare mais choisie avec attention. « On privilégie la qualité, et on se fait plaisir de temps en temps. »
Le Progres



