"Ici, c'est moins axé sur la compétition" : À Vitry-sur-Seine, un club de foot tente de désamorcer la violence dès l’enfance

Bousculades, insultes, coups... Le football amateur pour les jeunes est-il devenu plus violent ? L’Entente sportive de Vitry-sur-Seine défend un football centré sur l’égalité et le plaisir de jouer. Le club mise sur l’inclusion, des cotisations accessibles et l’auto-arbitrage pour apaiser les tensions.
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Sur le stade de football d'Arrighi à Vitry-sur-Seine, entre deux averses, les 9-10 ans s'entraînent, en ce mois de mai, et pour eux, la pluie n'est pas un problème : "On est des soldats comme on dit, et on reste forts !" lance Dylan, alors qu'un de ses camarades approuve. Ces tout jeunes joueurs, sur la pelouse bien verte, viennent presque tous des quartiers prioritaires de la ville et ont un bel esprit collectif. "Tout le monde joue à égalité", disent-ils en chœur. "Même si le copain est un peu plus nul, ce n’est pas grave. Nous, on est juste là pour s'amuser et le plus important, comme on dit, c'est de participer."
Face à de nombreux constats de violences dans le milieu du football amateur, dont une bagarre le week-end du 9 et 10 mai, dans le Pas-de-Calais impliquant des petits footballeurs qui n’avaient que neuf ans, un modèle pacifié reste possible quand les adultes offrent aux enfants un cadre respectueux : c'est ce que s'attachent à défendre les encadrants de l’Entente sportive de Vitry.
Ces jeunes footballeurs sont encadrés par des entraîneurs bénévoles, dont la plupart ont eux-mêmes fait leurs classes au sein de l'association, comme Diadié Diakho : "Moi, j'ai 19 ans. Je suis un enfant du club, j'ai grandi ici et j'ai commencé le foot à 10 ans. On sent tout de suite qu'ici, c'est moins axé sur la compétition.""
Le jeune entraîneur répète qu'il s'agit avant tout de "faire du foot et s'amuser", tandis que dans d'autres clubs, il est davantage question de "sélections, de privilégier les meilleurs plutôt que les enfants de la ville". "Ici, assure-t-il, c'est plus de 90% de Vitriots". Personne ne reste sur le banc parce qu’il joue un peu moins. Du coup, sans la pression de la sélection et la crainte de rester sur le banc des remplaçants, les enfants ne stressent pas. Même si cela implique "une exigence moins élevée", selon l'entraîneur, cela se traduit, lors des matches du week-end, par une absence de tension entre les joueurs. Il y a un même temps de jeu pour tous. "Ceux qui ont joué plus sortent et rentrent de nouveau après. Tout le monde tourne", témoignent les enfants.
L'Entente sportive de Vitry comporte 1 500 adhérents, pour sa section football. Cette association est liée à la Fédération sportive gymnique du travail (FSGT), une structure bientôt centenaire qui prône des valeurs d'égalité et une pratique populaire, pour tous. D'ailleurs, la cotisation n'est que de 150 euros, contre 450 dans bien d'autres clubs aux portes de Paris.
Ce tarif est une vraie fierté, pour Farid Bensikhaled, le responsable de la fédération dans le Val-de-Marne. "Dans les clubs de foot, les cotisations ont explosé, déplore-t-il, ce qui a des effets délétères sur le contenu de la pratique et sur l'enjeu : la 'gagne', la 'championnite', et des comportements tout autour."
L'agressivité, que l'on voit parfois dans certains tournois chez les jeunes joueurs comme chez leurs parents, vient sans doute de cet enjeu-là, selon ce responsable associatif. "Depuis 25 ans, il y a tout un modèle économique qui s'est construit dans beaucoup de clubs de football."
"Vous avez des recruteurs sur le bord du terrain de football qui vont chercher les gamins et font miroiter plein de choses aux familles."
Farid Bensikhaled, responsable FSGT dans le Val-de-Marneà franceinfo
Le responsable prend pour exemple le projet MBappé. "Des parents s'imaginent que leur gamin va devenir professionnel, explique-t-il. Du coup, sur les bords de terrain, dans les championnats du samedi matin dans les équipes de bon niveau, les parents sont horribles ! Mais ce n'est pas la faute des parents, c'est le système qui produit ça."
Si on constate parfois des cas de violence chez les enfants ou les parents, "la situation en elle-même est déjà violente", estime Farid Bensikhaled.
"Se retrouver avec un gamin qui fait du foot parce qu'il veut percer, et pas parce qu'il a envie de jouer et d'être avec ses potes, déjà ça, c'est violent."
Farid Bensikhaled, responsable FSGT dans le Val-de-Marneà franceinfo
Ilyes et Dylan, eux, ont bien conscience de bénéficier d'un climat favorable à l'Entente sportive de Vitry. "C'est comme si c'était un club protégé. Ici, on joue avec le respect, le respect des règles. On ne va pas forcément tacler, on est juste là pour apprendre. Les éducateurs ont les yeux partout, ils nous regardent tout le temps jouer et ils interviennent très rapidement si ça dégénère."
Dans cette fédération, la FSGT, les joueurs devenus jeunes adultes pratiquent ensuite le foot à 7 "auto-arbitré". Cela fait chuter encore toute tension, lors des rencontres. Or, cette autogestion s'apprend tout petit. Ce sont donc des adolescents qui tiennent le sifflet, lors des matches de Dylan et ses copains.
"Les U14 [13 ans] viennent arbitrer les U10 [9 ans]", explique Farid Bensikhaled. Que ce soit une faute, une touche mal faite, un comportement qu'il faut éviter d'avoir... en apprenant les règles et en arbitrant, ces jeunes deviennent de meilleurs joueurs aussi !"
"Même jeune, on va arbitrer, parce que c'est en arbitrant qu'on comprend les règles du jeu."
Farid Bensikhaled, responsable FSGT dans le Val-de-Marneà franceinfo
Cet état d'esprit n'empêche pas ces footballeurs de 9 ou 10 ans de rêver un peu. "Je vais essayer de monter en grade et d'aller dans des clubs plus forts, par exemple Saint-Étienne ! Oui, je veux devenir professionnel", conclut l'un d'entre eux.
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