INFO RADIO FRANCE. Faux arrêts de travail : un réseau soupçonné d'avoir détourné 3,5 millions d'euros à l'Assurance-maladie démantelé

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D'après l'enquête menée par l'Office central de lutte contre le travail illégal, les escrocs proposaient leurs services sur Snapchat. En tout, 1 200 assurés de Seine-Saint-Denis ont sauté le pas.
Sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue, début mai 2026,en Île-de-France dans le cadre du démantèlement d'un vaste trafic de faux arrêts de travail, révèle la Cellule investigation de Radio France, jeudi 14 mai. Ces interpellations ont eu lieu en deux temps : durant la semaine du 4 mai, puis le 13 mai. D'après l'enquête, menée par l'Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), les suspects ont escroqué, de mai 2024 à novembre 2025, pour 3,5 millions d'euros à l'Assurance-maladie.
Les escrocs proposaient leurs services sur Snapchat, dans un message explicite : "remboursement indemnités journalières entre 4 000 et 8 000 euros, on se charge de tout en seulement deux semaines !". Les seules conditions posées par les escrocs pour profiter de cette manne providentielle sont "de ne pas être au RSA, de ne pas être auto-entrepreneur et de ne pas avoir eu d'arrêt de travail durant les trois derniers mois".
En tout, 1 200 assurés de Seine-Saint-Denis ont sauté le pas dans cette escroquerie révélée par la cellule investigation de Radio France.
Ils ont contacté le numéro de téléphone figurant sur le message. Ils ont envoyé leurs coordonnées, leur numéro de sécurité sociale et la photo de leur carte Vitale et ils ont reçu en échange un "kit" pour percevoir des indemnités journalières indues de la part de l'Assurance-maladie.
"Les escrocs fournissaient aux assurés un faux arrêt de travail et une fausse attestation de salaire à envoyer à l'Assurance-maladie", raconte le général José Montull, chef de l'Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), qui a mené l'enquête ayant abouti à l'interpellation en deux vagues de ces sept personnes en région parisienne.
Suspectées d'être les "têtes pensantes" de cette escroquerie, elles ont été placées en garde à vue. Le deal qu'elles proposaient aux assurés était simple : le kit était fourni gracieusement et, en échange, les assurés "devaient leur reverser 60% du montant des indemnités perçues", poursuit le général Montull.
Les arrêts de travail fictifs étant de longue durée (100 jours), certains assurés ont reçu de coquettes sommes de l'Assurance-maladie, jusqu'à 7 000 euros. Le préjudice total est estimé pour l'heure à 3,5 millions d'euros. Dans cette affaire, il n'a pas été établi de complicités parmi les médecins, les identités des praticiens qui ont signé les arrêts de travail fictifs ont été "usurpées". Tout comme les numéros de Siret des entreprises qui figurent sur les attestations employeur.
Cette affaire pose une nouvelle fois la question de la prolifération des faux arrêts de travail. Depuis le 1er septembre 2025, l'Assurance-maladie a rendu obligatoire les formulaires Cerfa sécurisés avec sept points d'authentification (étiquette holographique et encre magnétique notamment) pour percevoir des indemnités. En pratique, elle semble encore accepter des formulaires non sécurisés, comme ceux utilisés dans cette escroquerie, qui a duré 18 mois, de mai 2024 à novembre 2025.
Contactée, l'Assurance-maladie assure que "désormais, les formulaires papier non sécurisés présentés sont rejetés". Et qu'elle met en œuvre des "contrôles approfondis an amont du paiement". L'Assurance-maladie prévient aussi que "les assurés qui profiteraient de ces arrêts risquent désormais des pénalités financières pouvant aller jusqu'à 3 fois le montant du préjudice financier. Des poursuites judiciaires peuvent également être engagées".
De son côté le parquet de Bobigny indique que "les investigations se poursuivent" sur cette escroquerie.
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